leur enfer est d’une autre sorte

La faune bouge, tandis que la flore se déplie à l’œil.


Toute une sorte d’êtres animés est directement assumée par le sol.


Ils ont au monde leur place assurée, ainsi qu’à l’ancienneté leur décoration.


Différents en ceci de leurs frères vagabonds, ils ne sont pas surajoutés au monde,

importuns au sol. Ils n’errent pas à la recherche d’un endroit pour leur mort, si la terre

comme des autres absorbe soigneusement leurs restes.


Chez eux, pas de soucis alimentaires ou domiciliaires, pas d’entre-dévoration : pas de

terreurs, de courses folles, de cruautés, de plaintes, de cris, de paroles. Ils ne sont pas

les corps seconds de l’agitation, de la fièvre et du meurtre.


Dès leur apparition au jour, ils ont pignon sur rue, ou sur route. Sans aucun souci de

leurs voisins, ils ne rentrent pas les uns dans les autres par voie d’absorption. Ils ne sortent

pas les uns des autres par gestation.


Ils meurent par dessiccation et chute au sol, ou plutôt affaissement sur place, rarement par corruption.

Aucun endroit de leur corps particulièrement sensible, au point que percé il cause la mort de toute la

personne. Mais une sensibilité relativement plus chatouilleuse au climat, aux conditions d’existence.


Ils ne sont pas… Ils ne sont pas…

Leur enfer est d’une autre sorte.

Ils n’ont pas de voix. Ils sont à peu de chose près paralytiques. Ils ne peuvent attirer l’attention que par

leurs poses. Ils n’ont pas l’air de connaître les douleurs de la non-justification. Mais ils ne pourraient en

aucune façon échapper par la fuite à cette hantise, ou croire y échapper, dans la griserie de la vitesse.

Il n’y a pas d’autre mouvement en eux que l’extension. Aucun geste, aucune pensée, peut-être aucun

désir, aucune intention, qui n’aboutisse à un monstrueux accroissement de leur corps, à une irrémédiable

excroissance.


Malgré tous leurs efforts…


L’on ne peut sortir de l’arbre par des moyens d’arbre.

su infierno es de otra índole

 

Tienen en el mundo su puesto asegurado, así como deben a la antigüedad su decoración.

Diferentes en esto a sus hermanos vagabundos, no son sobreañadidos al mundo, importunos al suelo.

No vagan en busca de un lugar para morir, aunque sus restos, como los de los otros, sean absorbidos

por la tierra cuidadosamente.

No hay ninguna preocupación alimenticia o domiciliaria en ellos, ningún entre-devorarse: no hay terrores ni

carreras dementes, ni crueldades ni quejas ni gritos ni palabras. No son los cuerpos segundos de la agitación,

de la fiebre y del crimen.

Desde su aparición a la luz, tienen casa propia en la calle o en el camino. Sin preocupación alguna por los vecinos,

no entran los unos en los otros por la vía de la absorción. No salen los unos de los otros por gestación.

Mueren por desecación y caída al suelo o, más bien, por hundimiento sobre su mismo lugar; raras veces por corrupción.

No hay lugar de su cuerpo especialmente sensibles a tal punto que al atravesarlos cause la muerte de todo el individuo.

Aunque es una sensibilidad relativamente susceptible al clima, a las condiciones de vida.

No son… No son…

Su infierno es de otra índole.

No tienen voz. Son, poco más o menos, paralíticos. No pueden llamar la atención sino por sus poses. No dan

la impresión de conocer los dolores de la no-justificación. Pero no podrían, de ningún modo, escapar de esta

obsesión por la fuga, o creer escapar de ella, con la embriaguez de la velocidad. No hay más movimiento en

ellos que la extensión. Ningún gesto, ningún pensamiento, tal vez ningún deseo, ninguna intención poseen que

no culmine en un monstruoso acrecentamiento de su cuerpo, en una irremediable excrecencia.

A pesar de todos sus esfuerzos…

No se puede salir del árbol por los medios del árbol.

Francis Ponge

de La flora y la fauna

1942

En castellano:

del blog La letra tal vez

[laletratalvez]