LAS GANAS SATISFECHAS

No he hecho daño a nadie en la vida. Sólo tenía las ganas. Pronto ya no tenía más ganas. Había satisfecho mis ganas. 

En la vida uno nunca realiza lo que quiere.

Por más que con un asesinato feliz haya suprimido usted a sus cinco enemigos, éstos todavía le crearán problemas.

Y eso es el colmo, proviniendo de muertos y para cuya muerte uno se tomó tanto trabajo.

Además, en la ejecución siempre hay algo que no estuvo perfecto, en cambio a mi manera puedo matarlos dos veces,

veinte veces y más. Cada vez, el mismo hombre me entrega su jeta aborrecida que le hundiré en los hombros hasta que

muera, y, una vez consumada dicha muerte y ya frío el hombre, si me molestó un detalle, acto seguido lo levanto y lo vuelvo

a asesinar con los retoques apropiados.

Por eso en lo real, como se dice, no hago daño a nadie; ni siquiera a mis enemigos.

Los guardo para mi espectáculo, donde, con el cuidado y el desinterés deseado (sin el cual no existe el arte) y con las

correcciones y ensayos convenientes, les ajusto las cuentas.

Por eso, muy poca gente tuvo que quejarse de mí, a menos que hayan venido groseramente a ponerse en mi camino.

Y  aún así. Vaciado periódicamente de su malevolencia, mi  corazón se abre a la bondad, y casi sería posible confiarme

a una niñita durante algunas horas.- Sin duda, no le sucedería nada enojoso. ¿Quién sabe? hasta me dejaría con pesar.

LES ENVIES SATISFAITES

Je n’ai guère fait de mal à personne dans la vie. Je n’en avais que l’envie. Je n’en avais bientôt plus l’envie.

J’avais satisfait mon envie.

Dans la vie on ne réalise jamais ce qu’on veut.

Eussiez-vous par un meurtre heureux supprimé vos cinq ennemis, ils vous créeront encore des ennuis.

Et c’est le comble, venant de morts et pour la mort desquels on s’est donné tant de mal. Puis il y a toujours

dans l’exécution quelque chose qui n’a pas été parfait, au lieu qu’à ma façon je peux les tuer deux fois, vingt

fois et davantage.

Le même homme chaque fois’ me livre sa gueule abhorrée que je lui rentrerai dans ses épaules jusqu’à ce

que mort s’ensuive, et, cette mort accomplie et l’homme déjà froid, si un détail m’a gêné, je le relève séance

tenante et le rassassine avec les retouches appropriées.

C’est pourquoi dans le réel, comme on dit, je ne fais de mal à personne; même pas à mes ennemis.

Je les garde’ pour mon spectacle, où, avec le soin et le désintéressement voulu, (sans “lequel il n’est pas d’art)

et avec les corrections et les répétitions convenables, je leur fais leur affaire.

Aussi très peu de gens ont-ils eu à se plaindre de moi sauf s’ils sont grossièrement venus se jetter dans mon

chemin. Et encore.

Mon coeur vidé périodiquement de sa méchanceté s’ouvre à la bonté et Ton pourrait presque me confier une

fillette quelques heures. Il ne lui arriverait sans doute rien de fâcheux. Qui sait? elle me quitterait même à regret.

HENRI MICHAUX

LA VIDA EN LOS PLIEGUES

Libertad de acción

traducción de VÍCTOR GOLDSTEIN

LA VIE BANS LES PLIS

Éditions Gallimard

Buenos Aires – 1976