situaciones extrañas

I

Me hallaba en los sobresaltos de una resistencia profunda. Un puerco descuartizaba a un carnicero. Yo estaba en el carnicero. Era imposible hacer un movimiento hacia atrás. El puerco era un mundo. El carnicero era un mundo, pero hubo un cambio y después del cambio, ésta era la situación.

La llanura era vasta, el cielo era alto. Fui llevado en un globo salvaje. Cuántas elevaciones. Cuántas caídas. Cuántos saltos de canguro en el espacio enorme. Toda la atmósfera hinchada de aeróstatos ingenuos, ingenuos pero fogosos, pero indomables. En la barquilla, muslos, gritos, rincones locos y calientes en el cielo obstruido, pero hubo un cambio y ésta es la nueva situación:

Vagones, vagones, vagones. Un largo tren de ganado entraba lentamente en la estación de apartado, mientras con una gran seguridad, un tren que venía en sentido inverso arrancaba todas las cabezas de las vacas, salvo una, una en cada vagón, que muge largamente, exhalando con una gran fuerza el alma del rebaño, el rebaño que, al perder su sangre, se arrodilla en los vagones. Yo estaba por decir algo, pero hubo un cambio y la situación era ésta:

¡Agua!, agua!, agua hasta el infinito. Llanuras, capas de agua, estanques de desagüe, ríos, riachos de orillas sumergidas. Pero hubo un deslizamiento y después de ese deslizamiento la vista era ésta:

Una ciudad. Las puertas de una ciudad blanca, y se entra por las aguas. Era un gran domingo de decapitaciones. A duras penas nos escapamos, por fin la ciudad blanca se desvaneció bajo nuestros pasos y caigo en una época pasada.

En una carroza estoy cubierto de una coraza. Qué dificultad, me la quito. Hago una sierra con ella. Pero estaba confundido. Había perdido el hábito de coordinar mis sentimientos. ¿Cómo dar un gran golpe? Vigilaba los restos de la coraza. No me acordaba si había dejado a alguien. Tantos ausentes. Tantos pródigos vueltos que uno creía perdidos. Pero hubo un cambio.

Y me encuentro en el África. ¡Bien ¡Y bien embarullado! Entonces compro el derecho a volverme negro. Ya estoy tranquilo. Luego quiero dejar el país y anular lo negro. Pero ellos no quieren anular. Un déspota, gobernando con trueno, me arroja incesantemente al suelo con un tam tam. Me siento un instante. Un muletero, creyendo que duermo, me mata. ¡Error! Me yergo, sólo cegado. ¡Oh noche!, noche impenetrable, verdaderamente impenetrable esta vez. Y de pronto se mezcla el viento. Un viento terrible, un viento infernal. En algunos instantes su soplo rápido me afeita el cráneo.

Pero hay un cambio: me devuelven la vista y una parte del mundo admirable se despliega nuevamente ante mis ojos maravillados. Hay manchas. En todas partes. Enorme cantidad de manchas. Las mujeres tienen un antifaz en el rostro. No se ve nada del rostro de los hombres. Las casas tienen un velo que las recubre, fachadas y techos. Esa funda gris las confunde unas con otras. Penetro en una lechería. En el suelo charcos de olor soso, sobre los cuales revolotean enloquecidas un mar de mariposas. Vienen, se arrojan sobre mí. Yo tomo un fusil, apunto a una entre sus ojos compuestos y magníficos, y tiro.

El que cae es un hombre. ¡Qué drama si tiene familia! Las mariposas, como frenéticas, se precipitan sobre él, sobre mí, en una ronda infernal, uniendo matado y matador, mientras sobre el piso, delgados hilos de sangre roja se introducen en la capa de leche.

Pero hay un cambio, y, después del cambio, el agua reemplazó la leche. ¡Más agua! Ésta gana. Amenazando hasta el piso del puente sobre el cual me subí. Entonces arranco el parapeto y, solemnemente, formulo un gran edicto de paz.

¡Vana decisión! Siento que en ese mismo momento pierdo a mi hijo en un naufragio.

 

situations êtranges 

I

J’étais dans les soubresauts d’une résistance profonde. Un porc dépeçait un boucher. J’étais dans le boucher. Impossible de faire un mouvement en arrière. Le porc était un monde. Le boucher était un monde, mais il y eut changement et après le changement, voici quelle était la situation:

La plaine était vaste, le ciel était haut. Je fus porté en ballon sauvage. Que d’envols! Que de chutes! Que de sauts de kangourous dans, l’espace énorme! Toute l’atmosphère gonflée de naïfs aérostats, naïfs, mais  fougueux, mais indomptables. Dans la nacelle, des cuisses, des cris, coins fous et chauds dans le ciel encombré, mais il y eut changement et voici là nouvelle situation:

Des wagons, des wagons, des wagons. Un long train de bétail entrait lentement dans la gare de triage, cependant qu’avec une grande sûreté, un train venant en sens inverse, arrachait toutes les têtes de boeufs, sauf une, une dans chaque wagon, qui mugit longuement, exhalant avec une grande force l’âme du troupeau, le troupeau qui, perdant son sang, s’agenouille dans les wagons. J’étais pour dire quelque chose, mais il y eut changement et la situation était celle-ci:

De l’eau! de l’eau! de l’eau à l’infini. Des plaines, des nappes d’eau, des bassins pour l’écoulement des eaux, des fleuves, des rivières aux rives submergées. Mais il y eut un glissement et après ce glissement la vue était celle-ci:

Une ville, Les portes d’une blanche ville, et on entre par les eaux. C’était un grand dimanche de décapitations. À grand-peine nous échappâmes, enfin la ville blanche s’évanouit sous nos pas et je tombe dans une époque révolue.

Dans un carrosse je revêts une cuirasse. Quelle difficulté! je l’enlève. J’en fais une scie. Mais j’étais embarrassé. J’avais perdu l’habitude de coordonner mes sentiments. Comment frapper un grand coup? Je surveillais les débris de la cuirasse. Je ne me souvenais pas si j’y avais laissé quelqu’un. Tant d’absents! Tant de prodigues revenus que l’on avait, cru perdus! Mais il y eut changement:

Et je me trouve en Afrique. Bien! Et bien embarrassé! Alors j’achète le droit de devenir nègre. Me voilà tranquille. Ensuite je veux quitter le pays et annuler le nègre. Mais ils ne veulent pas annuler. Un despote, commandant avec tonnerre, me rejette sans cesse sur la terre à tamtam. Je m’assieds un instant, Un muletier, croyant que je dors, me tue. Erreur! Je me redresse, seulement devenu aveugle. O nuit! nuit impénétrable, vraiment impénétrable cette fois. Et voilà que s’en mêle le vent. Un vent terrible, un vent d’enfer. J’ai, en quelques instants, le crâne rasé par son souffle rapide.

Mais il y a changement: la vue m’est rendue et une partie du monde admirable s’étale à nouveau à mes yeux émerveillés. II y a des taches. Partout. Énormément de taches. Les femmes ont un loup sur le visage. On ne voit rien du visage des hommes. Les maisons ont une cache qui les recouvre, façades et toits. Cette housse grise les fait confondre les unes avec les autres. Je pénètre dans une laiterie. Par terre des flaquea à l’odeur fade, sur lesquelles volètent éperdus une mer de papillons. Ils viennent, se jettent sur moi. Je prends un fusil, en vise un entre ses’ yeux composés et magnifiques, et tire.

C’est un homme qui tombe. Quel drame s’il a de la famille! Les papillons, comme frénétiques, se précipitent sur lui, sur moi, dans une ronde infernale, unissant tué et tueur, tandis que sur le plancher, de minces filets de sang rouge s’introduisent dans la nappe de lait.

Mais il y a changement et, après le changement, l’eau a remplacé le lait. Encore l’eau! Elle gagne. Menaçant même le tablier du pont sur lequel je me suis hissé. Alors j’arrache le parapet et, solennellement, formule un grand édit de paix.

Vaine décision! je sens qu’en ce moment même je perds mon fils dans un naufrage.

 

 

 

henri michaux

la vida en los pliegues

apariciones

situaciones extrañas, I

traducción de VÍCTOR GOLDSTEIN

EDICIONES LIBRERíAS FAUSTO

Buenos Aires – 1976

LA VIE BANS LES PLIS

Éditions Gallimard

 

 

 

 


 

 

 

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